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TAORMINE 391

ans, je payais mes ouvriers i fr. 25 et un litre de vin. J'étais le maître, et j'avais des esclaves qui travaillaient autant qu'on leur demandait. " Et il répète avec le regret d'un paradis perdu : Schiaviy signor, schiavi. "Aujourd'hui je suis obligé de les prier. Ils me consentent une grâce en travaillant, je leur donne deux francs, deux litres de vin, dont un qu'ils emportent chez eux, du macaroni, des olives, ils ne font rien, et je ne puis rien dire. " La cause: l'Amérique. Ceux qui peuvent réunir l'argent du voyage et le pécule exigé là-bas s'embarquent. Ceux qui n'ont que leurs bras vont en Tunisie et en Algérie, une Amérique du pauvre, s'embauchent comme maçons, et apprennent le métier en le faisant. Restent au pays les vieux et les propres à rien. Et il me cite un vieillard qui ne peut guère plus que bricoler, et qui sou par sou économise de l'argent pour aller en Amérique, voir ce beau pays, puis revenir.

Nous nous promenons sur la route d'où cette terre déroule jusqu'à la mer le plus doux trésor de beauté sensuelle que les flots puissent caresser. Tout le regard sur elle s'appesantit comme la main sur une chair en fleur. L'homme, en cette côte favorisée, ne connait pas l'horrible misère qui dévore le reste de la Sicile. C'est un pays de petite propriété, éprouvé d'ailleurs par la mévente des citrons et du vin, mais où le mal est pour le propriétaire, où l'ouvrier agricole vit peut-être

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