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LETTRES DE CHARLES-LOUIS PHILIPPE 367

la plus belle affection qui soit venue dans mon existence.

Je t'avais parlé d'une petite amie dont je fis la rencontre le lendemain du 14 juillet. Je l'ai revue plusieurs fois depuis; elle est très belle, très douce et surtout très bonne. Je l'aime un peu paternel- lement parce qu'elle est malheureuse et fraternel- lement parce qu'elle est ignorante et simple. Or, mon ami, depuis quinze jours voici qu'elle est à l'hôpital, bien malade. Voilà huit jours qu'elle ne m'a pas écrit, et j'ai peur. J'ai peur qu'elle soit morte ou malade à mourir. C'est un sentiment affreux. Elle m'a écrit de l'hôpital deux pauvres petites lettres tendres et maladroites. Elle ne sait pas écrire ni mettre " l'hortografe " mais elle sait dire de ces choses qui sont splendides lorsque c'est un coeur ignorant qui les dit. Et ces deux lettres ont fait de mon amitié d'auparavant un sentiment très aigu et très tendre. J'ai bien peur. Si je n'avais pas de lettre d'elle demain, c'est qu'elle serait à l'agonie. Je ne sais pas si tu com- prends bien cette situation. Tous les malades d'hôpitaux m'émeuvent, mais cette petite que j'estime me trouble affi-eusement. Elle était mer- veilleusement douce, et dans son âme de petite Parisienne cette douceur était devenue une exquise politesse. Je l'ai entendue demander pardon à une bonne de restaurant (qui était demoiselle) parce qu'elle l'avait appelée, sans faire attention, Made-

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