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30 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

prière du corps, il file sans fatigue son implora- tion séduisante.

En même temps une mollesse, une épaisseur où s'amortissent les sons. Sur toute la musique de Tristan plane un étouffant nuage. Au premier acte ce n'est qu'une lourdeur vague qui se pose sur les résonnances. Les traits rapides de la Délivrance par la mort, brusquement échappés vers le milieu du prélude, retentissent dans le silence, sourd comme le sang, de la sensualité. — Au deuxième acte le nuage devient presque matériel. Sur le chant l'orchestre roule de chaudes ténèbres ; ses éclats mêmes se font muets comme les remous de l'air brûlant et comme les explosions de la nuit. Il traduit par là l'informe suspens du désir, son bourdonnement autour de l'âme ainsi qu'une brume sombre. Les grandes délices de l'har- monie, les murmures du ruisseau avec la chasse lointaine mélangés, tourbillonnent bas et perdus, semblables à des souvenirs dans un cerveau qui ne s'entend pas. Des phrases, qui seraient bruissantes d'échos, se taisent sous le manteau d'une ardeur obscure ; la langueur descend sur elles comme l'averse d'un silence plein de pulsations.

Parmi cet étouffement les voix montent sans relâche, travaillées par l'effort de la volupté. Elles commencent dans une sorte de délire sourd ; elles semblent avoir à soulever toutes les ténèbres ; elles s'arrachent à l'ensevelissement ; elles grandis-

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