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326 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

cavaliers, et il est timide. Il fait le libertin, et il n'a de goût que pour les longues amours. Il enseigne qu'on doit prendre les femmes à la dragonne et un regard railleur le met au supplice. Il se moque de la chasteté, et il avoue que ses plus belles passions ont été pour des femmes qu'il n'a pas eues. Il semble ne viser que le fait solide ; et il connaît tous les retards et toutes les tortures de l'imagination. ...Stendhal, c'est le dessin le plus aigu presque sans ombre et sans couleur. Son style est d'acier, de la pointe la plus acérée et la plus fine. Ni images, ni périodes. Ni la lyre, ni l'éloquence. Il est nu comme la ligne. Il me rappelle Lysias et l'orateur attique, si les Athéniens, au lieu de plaider, faisaient l'analyse de l'homme. Pour tout dire, il est Grec. Chaque phrase de Stendhal est pleine de sens, et d'un feu clair, qui fait de la lumière, sans chaleur. Toutes ces phrases ensemble tombent comme des étin- celles : ceux qui ne sont pas sensibles à ce feu d'intelli- gence, diront qu'elles tombent comme la pluie. "

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��De Suarès encore, qui, sous la signature d'Yves Scantrel, donne régulièrement dans la Grande Revue des chroniques Sur la Vie souvent des plus belles, je citerai ce passage sur Musset (25 Dec. 1910) :

" Sort unique, lugubre agonie : Musset est mort assez jeune, n'ayant guère que quarante-sept ans : et tout de même, il a survécu de dix-sept ans à son œuvre. On a peur d'y penser ; et pourtant il est vrai qu'à trente ans il a fini d'écrire. De la vingtième à la trentième année, il avait fait tout ce qu'il devait faire. Il n'avait plus qu'i

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