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320 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

La fille du comte Prozor s'était chargée du i-ôle de Hedda. Elle prononce les noms norvégiens de la façon la plus scrupuleuse. Chaque fois qu'elle nomme un personnage, on se croit transporté en pays Scandinave ; mais elle nous ramène à Paris, tout aussi vite, dès le mot suivant, car le style de son jeu est celui des traductions paternelles plus, hélas, que celui d'Ibsen. Par contre, dans le rôle d'Eylert Loevborg, Lugné Poë fit preuve de sobriété, d'émotion et d'autorité. Sa con- viction a suffi pour élargir soudain l'interprétation et pour donner à la pièce, pendant quelques moments, sa vraie atmosphère.

J. S.

��ODEON.

L'Odéon demeure le théâtre où l'on travaille le plus. Dranem y a joué le Médecin malgré lui ; deux conférences de Tristan Bernard précédaient ces représentations. On entendra Rodogune avec une conférence de Léon Blum. Le samedi est consacré aux spectacles d'avant garde et le soir on joue Roméo et Juliette. Alors que Coriolan n'avait tenu l'affiche que quelques soirs, Roméo remporte auprès du public un succès prolongé. Cette vogue, Shakespeare la doit peut-être surtout à la protection de Gounod... disons à celle de Berlioz dont la musique, toute belle qu'elle soit, vient interrompre l'action de la façon la plus fâcheuse — quand elle l'interrompt : car il arrive que malgré l'orchestre, le dialogue continue : et c'est ainsi qu'on n'entend rien des premières paroles qu'échangent Roméo et Juliette. En vain l'acteur et l'actrice forcent-ils la voix : " Les saints n'ont-ils pas de lèvres, et les pieux voyageurs aussi ? — Oui, pèlerin, des lèvres qu'ils doivent employer à prier..." Ces préciosités délicieuses ne nous parviennent que poussées à pleine poitrine, par dessus les tempêtes de l'orchestre.

Lfe décor est ingénieux. Il représente, en ses différentes parties à peu près tous les lieux où se passera le drame. Il ne lui manque que d'être beau. Que tout ce pittoresque est

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