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308 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

L'abbé se taisait, complètement insensible à mon lyrisme psychologique ; je reprenais :

— Imaginez cette délicate jeune fille, le cœur lourd d'amour et d'ennui, le tête folle : Isabelle la passionnée.

— Isabelle la dévergondée, soufflait l'abbé à demi-voix. Je continuais comme si je n'avais pas entendu, mais

déjà prenant élan pour riposter à l'interjection prochaine :

— Songez à tout ce qu'il a fallu d'espérance et de désespoir, de

— Pourquoi songer à tout cela ? interrompit-il sèchement : Nous n'avons pas à connaître des événements plus que ce qui peut nous instruire.

— Mais suivant que nous en connaissons plus ou moins, ils nous instruisent différemment.

— Que prétendez-vous dire ?

— Que la connaissance superficielle des événements ne concorde pas toujours, pas souvent même, avec la connaissance profonde que nous en pouvons prendre | ensuite, et que l'enseignement que l'on en peut tirer n'est pas le même ; qu'il est bon d'examiner avant de conclure...

— Mon jeune ami, faites attention que l'esprit d'examen et de curiosité critique est la larve de l'esprit de révolte. Le grand homme que vous avez pris pour modèle aurait bien pu vous avertir que

— Celui sur qui j'écris ma thèse, voulez-vous dire

— Quel ergoteur vous faites ! C'est avec un pareil esprit que

— Mais enfin, cher Monsieur l'abbé, j'aimerais bien savoir si ce n'est pas cette même curiosité qui vous fait m'accompagner à cette heure, qui vous penchait il y a quelques instants sur ce lambris crevé et qui vous a lente-

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