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298 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

appuyé contre moi ; je le sentais m'écouter de tout son corps.

Mais ce matin-là l'averse me surprit si brusque et si violente que je ne pus songer à rentrer au château ; je courus m'abriter au plus proche ; c'était ce pavillon aban- donné que vous avez pu voir à l'autre extrémité du parc, près de la grille ; il était à présent délabré ; pourtant une première salle assez vaste restait élégamment lambrissée comme le salon d'un pavillon de plaisance ; mais les boi- series vermoulues crevaient au moindre choc. . .

Quand j'entrai, poussant la porte mal close, quelques chauves-souris tournoyèrent, puis s'élancèrent au dehors par la fenêtre dévitrée. J'avais cru l'averse passagère, mais, tandis que je patientais, le ciel acheva de s'assombrir. Me voici bloqué pour longtemps ! Il était dix heures et demie ; on ne déjeûnait qu'à midi. J'attendrai jusqu'au premier coup de cloche, que l'on entend d'ici certaine- ment, pensai-je. J'avais sur moi de quoi écrire et, comme ma correspondance était en retard, je prétendis me prou- ver à moi-même qu'il n'est pas moins aisé d'occuper bien une heure qu'une journée. Mais ma pensée incessamment me ramenait à mon inquiétude amoureuse : ah ! si je savais que quelque jour elle dût reparaître en ce lieu, j'incendierais ces murs de déclarations passionnées.... Et lentement m'imbibait un ennui douloureux, lourd de larmes. Je restais effondré dans un coin de la pièce, n'ayant trouvé siège où m'asseoir, et comme un enfant perdu je pleurais.

Certes le mot Ennui est bien faible pour exprimer ces détresses intolérables à quoi je fus sujet de tout temps ; elles s'emparent de nous tout-à-coup ; la qualité de

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