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280 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

le faire danser sur la corde raide ? J'ai vite dû rétrécir mes visées. S'il s'occupe avec moi d'Averrhoès, c'est parce que je me suis chargé d'un travail sur la philosophie d'Aristote et que, plutôt que d'ânonner avec l'enfant parmi je ne sais quels rudiments, j'ai pris quelque plaisir de cœur à l'entraîner dans mon travail. Autant ce sujet- là qu'un autre ; l'important c'est d'occuper Casimir trois ou quatre heures par jour ; aurais-je pu me défendre d'un peu d'aigreur s'il avait dû me faire perdre le même temps ? et sans profit pour lui, je vous le certifie... Suffit sur ce sujet, n'est-ce pas. — Là dessus jetant la cigarette qu'il avait laissé éteindre, il se leva pour rentrer dans le salon. Le mauvais temps m'empêchait de sortir avec Casimir ; nous dûmes remettre au lendemain la partie de pêche projetée ; mais, devant la déception de l'enfant, je m'ingéniai à lui procurer quelque autre plaisir ; ayant mis la main sur un échiquier, je lui appris le jeu des poules et du renard, ce qui le passionna jusqu'au souper.

La soirée commença toute pareille à la précédente ; mais déjà je n'écoutais ni ne regardais plus personne ; un ennui sans nom commençait de peser sur moi.

Sitôt après dîner, il s'éleva une espèce de rafale ; à deux reprises Mademoiselle Verdure interrompit le bézigue pour aller voir dans les chambres d'en haut " si la pluie ne chassait pas. " Nous dûmes prendre la revanche sans elle ; le jeu manquait d'entrain. Au coin du feu, dans un fauteuil bas qu'on appelait communément " la berline " Monsieur Floche, bercé par le bruit de l'averse, s'était positivement endormi ; dans la bergère, le baron qui lui faisait face se plaignait de ses rhumatismes et grognonnait.

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