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NOTES 167

rant l'autre, et réciproquement. Un petit morceau que je veux citer, précisera mieux que je ne ferais, le dessein de notre j>oète:

Dans la rivière étroite on voit une campagne

Couchée au long de Teau comme en un souple pagne.

Au ciel d'azur, que le reflet avide boit

Voici, sombre récif de roc verdi, un bois.

Puis encore, si frais, les traits d'un doux tnllage,

La route, le clocher, et Fimpression sage,

Et, bouquet nuancé qui tremble, tous les champs

Renversés et que teati serre dans son ruban.

Et moi, quand écrirai-je un vers plein de lumière

Où Ton trouve miré comme en une rivière

Avec ses longs élans, sa joie et ses rancœurs

Le paysage intime et délicat du cctur.

M. Lavaud a écrit des vers plus parfaits, plus musicaux, plus souples, mais non plus significatifs. C'est un rêveur, c'est un délicat, convenons-en vite, avant de lui reprocher de laisser déborder son don descriptif sur son rêve. Oh ! je comprends qu'il tienne au merveilleux bouquet qu'il sait cueil- lir dans la campagne ! et qu'il n'en veuille jeter aucune fleur ! Ses paysages sont de la qualité la plus rare, je dirai la plus neuve. Presque rien de conventionnel. La rivière, n'est pas pour lui un mot, mais une chose qu'il a observée, aimée et qu'il peint avec des précisions singulières. Ce qu'il y a de plus frappant, de plus immédiatement perceptible dans un spectacle naturel, la couleur, cède le pas ici à la ligne, à la forme, aux plans et aux volumes. De là un art descriptif plus tactile que visuel, et d'une sensualité dépouillée, très proche du sentiment pur. En fait, le substratum sentimental n'a pas encore une complexité psychologique fort étendue : d'une ou deux attitu- des devant la vie M. Lavaud se satisfait; il les développe, les amplifie, si aisément, si abondamment, sur l'immensité des vallées où vague son rêve. Voilà sa marque; l'élargisse- ment panthéistique d'un banal sentiment humain, jusqu'à la limite extrême où il devient httérature. Cela arrive quelque-

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