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156 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

pensée — j'allais dire à ce dada — M. de Bouhélier put assez longtemps se donner l'air d'écrire avec profondeur, ajoutant un chapitre aux Héros de Carlyle, une page aux Essais d' Emer- son, découvrant pour son propre compte Le Trésor des Humbles, ou bien exhumant Le Temple Enseveli. Il composa même, d'une assez bonne encre, la fameuse théorie du pathétique pour servir d'introduction à une tragédie ou à un roman. Mais, le jour où M. de Bouhélier aborda le théâtre, il se trouva du coup dans la fâcheuse situation de l'imposteur qui, depuis des années, allait annonçant le miracle et que voilà requis d'en faire un. Ses disciples, aussi bien, ne doutaient pas qu'il n'y eût lieu de tenir pour miracle Le Roi sans Couronne. Nous n'étions pas tous ses disciples. Et nous pensions : " Il n'y a plus que feindre, il fault parler françois, il fault montrer ce qu'il y a de bon et de net dans le fond du pot, "

Les plus belles idées courent un risque étrange à l'investis- sement dramatique. Si profonde, si ingénieuse même qu'ait paru l'attitude philosophique de M. Maeterlinck, elle ne lui fournit point jusqu'au bout la ressource de feindre Shakespeare. Si sincère, si original (et il ne l'était pas) que fût le système théorique de M. de Bouhélier, on eût été bien surpris qu'il suppléât la faculté créatrice, qu'il engendrât par sa propre vertu des images pathétiques d'une grande vérité, d'un grand intérêt. Nous n'avions plus à discuter sur la qualité du médium qu'il plaisait à l'auteur de choisir pour se mettre en rapport avec la vie, avec la beauté ; mais simplement à con- stater si les appels répétés de M. de BouhéUer à la vie, à la beauté seraient par elles entendus. Et nous devions nous montrer d'autant plus exigeant que le chef naturiste semblait se faire un jeu de repousser les ordinaires matériaux de la création littéraire, pour insuffler la vie à des êtres pétris d'un limon originel. Le Roi sans Couronne, La Tragédie Royale, n'étaient pas du tout les tentatives d'un homme de lettres, d'un dramaturge en formation ; c'étaient les preuves du Héros- Poète;, " Un héros — disait Saint-Georges hier encore — c'est quelqu'un qui vit donc dans sa sphère comme dans un monde de voix et de symboles dont il possède seul la clé, et qu'il lui

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