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l'ombrageuse 149

des groupes plus nombreux se répandaient. Un à un, à mesure qu'elle avançait, Isabelle reconnut les cent visages anonymes qu'un long séjour en cet endroit lui avait rendu familiers. Distraite et comme étrangère à tout ce qui l'en- tourait, à peine y prenait-elle garde. Le monde en vain la pressait, rien n'éveillait plus d'écho en son cœur, et quand un silence à son approche suspendait la conversation, ce n'était pas sans une sorte de sombre plaisir qu'elle y re- trouvait l'image et le signe de la solitude morale qui l'enfermait. A la longue, cependant, à ne trouver partout autour d'elle que regards efirontés ou curieux, une sourde irritation la gagna. Comme on saisit une arme pour se défendre, ses yeux, son front prirent cet éclat orageux et variable qui faisait l'émouvante beauté de son visage. Mais elle touchait au jardin étroit et retiré qui s'étendait derrière le Casino : elle fut seule enfin. Ses traits se détendirent. Elle ferma les paupières à demi et ralentit le pas.

Les salons de lecture qu'ensuite elle gagna, eux aussi, étaient déserts. Posément, Isabelle alla s'asseoir à une petite table, près d'une fenêtre entr'ouverte d'où l'on voyait les maussades ombrages que le soleil jamais n'éclai- rait. Un instant, accoudée, elle demeura sans bouger, moins pensive qu'inerte. Brusquement elle se ranima : " Allons, ma fille, murmura-t-elle, il n'est plus temps d'hésiter : brûlons nos vaisseaux, à notre tour ! " Et pre- nant la plume, elle manda brièvement à Derlon qu'il était attendu au plus tôt. Une lueur passa entre ses cils, lorsqu' ayant retiré du porte-cartes la lettre de Philippe, elle la déchira, sans plus y jeter un regard, et mit à la place l'enveloppe adressée au Comte. " Cette riposte-là.

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