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144 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

" Je VOUS le dis, Isabelle, il y a en moi un démon avide " et inquiet consumé à la fois de désir, d'inaction et

  • ' d'ennui. Jamais, jusqu'ici, je n'ai pu l'occuper ou le
    • distraire. C'est un maître intraitable et qui me gouverne

" à son gré. Demeuré-je immobile, il me talonne, le " moindre engagement d'autre part le soulève et l'en-

    • fièvre. L'obligation qui m'est ainsi faite de me tenir

" indéfiniment disponible et détaché, voilà la cause de " tout le mal. Quand hier soir, vous êtes parvenue à " forcer la réserve que j'avais su garder jusqu'à ce " moment, il m'est aussitôt apparu que j'allais devoir me " séparer de vous. En un instant, j'avais perdu le bénéfice " de tant de jours de silence, de renoncement et d'empire

    • sur moi-même. Je venais de céder, alors que je passe
    • ma vie à me prétendre plus fort que les circonstances,

" plus fort que la destinée, plus fort que n'importe quoi. " Une joie merveilleuse, certes, était le prix de ma " défaite. Pour la saisir, il m'eût suffi d'étendre le bras. " Mais déjà ce n'était plus possible. Le démon avait

  • ' parlé. Je reconnaissais sa voix. " Quelque chose à

" faire ! " Encore une fois il me provoquait et déjà je " sentais que je ne résisterais pas à son défi, car il faut " toujours que je m'éprouve et me surmonte. Dans ce " bonheur qui m'arrivait malgré moi, je ne vis plus dès

    • lors que l'occasion que j'avais, en le refusant, de me

" réhabiliter à mes yeux. Ma force, " ma supériorité " " avaient faibli. Le moyen s'offrait cependant de repren- " dre d'un coup l'avantage. Vous étiez encore dans mes " bras que mon parti était arrêté : je fuirais. Croyez bien, " du reste, que je ne me berce pas d'illusion. Ces jeux-là

    • coûtent gros, on y laisse sa peau, et le plus désolant

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