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138 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

VOUS moquez pas ; oui, j'ai été jalouse de cette petite. Ma vie, à partir de cette heure, n'a plus été qu'une lutte sans merci. Moi aussi, j'ai connu de longs combats. Je me suis mise à vous fuir ; je me défendais de ma tendresse ; pen- dant une semaine entière, j'ai su me tenir éloignée de tout ce qui me rappelait une image que j'avais juré d'ou- blier. Rien n'y faisait : j'avais beau me roidir et me débattre, le mal était en moi. Et mes efforts les plus violents n'allaient, en fin de compte, qu'à resserrer chaque jour les liens dont je me voyais désormais enchaînée. De peur que vous soupçonniez le motif de ma retraite, je me suis approchée de vous à nouveau. A peine eûtes-vous l'air de remarquer mon retour. Vous étiez tout pour moi : il parut bien clairement à votre accueil que je n'étais rien pour vous. C'est ce soir-là pourtant que, brisée, je me suis soudainement aperçue que vous m'aimiez. Ah ! j'ai cessé de me contraindre alors ! Vous arracher ce secret que j'avais effleuré en passant, je n'ai plus prétendu à autre chose. Pour vous faire parler et vous fléchir, je retrouvai cette ardeur emportée que je mettais jadis à vous tourmenter. Il ne s'agissait à ce moment que de nourrir mon dépit. C'était pour mon sort même que dorénavant je bataillais. Mais vous résistiez : tour à tour employées, la douceur et la violence glissaient, sans l'entamer, sur votre inertie. Que de fois j'ai connu la tentation de vous frapper au visage, et, en ma colère, à quelles affreuses folies ne me suis-je pas abaissée. Ah ! je rougis en y songeant. Moi aussi, je tenais à m'attirer votre mépris. Hier soir encore, à ce souper, comment me suis-je conduite ? quel besoin de m'avilir m'a poussée ? Du reste, reprit-elle en secouant la tête, que sert-il de ranimer le passé ? Je ne veux plus

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