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122 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de Dieu ! qu'est-ce que cela signifie ! " s'écria la jeune femme. " Qu'a-t-il pu se passer entre vous ? Je ne com- prends rien à cette querelle. "

Mais d'un geste sec, Isabelle lui retira la lettre des mains : "En voilà assez, ma petite ! Nous avons autre chose à faire pour l'instant. Sortons !..."

Mille questions confuses se pressaient sur les lèvres de Boboli : elle n'ouvrit plus la bouche cependant et suivit docilement l'Ombrageuse dans la rue qu'animait la fraî- cheur de l'après-midi finissante.

Du visage d'Isabelle, toute expression de lassitude ou d'ennui avait disparu. Elle marchait droit devant elle, vive, élancée, sans rien voir, et une flamme brillait par moments dans ses yeux. Pas une fois elle ne tourna la tête vers Boboli qui se hâtait derrière elle, en silence et le coeur gros. Tant d'insensibilité, une si froide cruauté la navrait. Que n'eût-elle donné pour savoir où la menait l'impérieuse fantaisie d'Isabelle et quelle pensée abritait ce front têtu qu'une ride coupait par le milieu ! Son incer- titude, au demeurant, ne fut pas longue. Au premier tournant de la rue, en découvrant de loin les vélums de toile jaune du Pavillon, Isabelle se retourna. Un sourire délia ses traits durcis. " Nous y voilà ! fit-elle. Je pense qu'ici il y aura pour nous du nouveau à apprendre ! " Et d*un mouvement allègre, elle souleva la draperie de perles qui masquait l'entrée.

Dès le seuil pourtant, il lui fallut ralentir, puis s'arrêter. C'était l'heure du thé. Tout ce que le public des Eaux comptait de frivole et d'oisif se trouvait réuni autour des petites tables dont la pâtisserie était encombrée. Un chuchotement à l'entrée des jeunes femmes avait couru

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