Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


UNE BELLE VUE 91

elle l'avait mille fois proclamée. Mais quels enfants ne s'en croient-ils pas une ? Et quels parents s'en rapportent- ils là-dessus à leurs enfants ? Marguerite, la raison même, n'avait trompé ni soi ni personne. Je fus moins tenté toutefois d'admirer sa constance et sa fermeté que de blâmer son détachement de nous et son attitude en la circonstance. Ses yeux étaient rouges encore des larmes qu'elle avait secrètement répandues dans la journée, mais ils ne se mouillèrent pas. Elle assista, glacée, muette, hos- tile, au chagrin de sa mère, laquelle n'était pas suffisamment religieuse pour voir dans un couvent autre chose qu'un tombeau. Ni sentiment, ni raisonnement n'avaient plus de prise sur elle.

Ce fut un beau tollé dans Saint-Clair lorsque le bruit se fût répandu que M. Isaac Trottmann louait Longval. M. Servonnet, qui " par convenance " espaçait un peu ses visites depuis que maman était veuve, ne put résister au plaisir de venir rapporter à cette dernière que M. de Chaberton, au paroxysme de l'indignation bien pensante, ne parlait rien moins que d'aller se fixer ailleurs. Pour son compte, M. Servonnet regrettait de perdre " sa char- mante voisine ", la fille de son bon ami Aubineau ; mais il la comprenait, se gardait de la blâmer. Au fond tout cela lui était fort indifférent ; il ne s'en porterait ni mieux, ni plus mal. Un peu de changement sur le coteau aurait même l'avantage de renouveler les potins.

M. le curé, bonne âme, se montra plus tolérant que ses paroissiens. Encore qu'il fût homme à solliciter dans l'avenir M. Trottmann lui-même, il s'était tout d'abord alarmé, mais, quand maman lui eût promis qu'elle absente les pauvres de la commune n'y perdraient rien, sa liberté d'esprit lui fut rendue.

�� �