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784 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

y a que ça pour former des hommes, mais des vrais hommes, comme ceux de mon temps. Tous ces bourgeois d'aujourd'hui ont l'air d'ouvriers qui auraient gagné le gros lot à la loterie, et qui ne pensent qu'à se goberger "

J'écoutais le bonhomme assez distraitement. Je regar- dais, devant nous, la cour des récréations. Elle n'était plus qu'un champ de hautes graminées qui balançaient au vent leurs longs épis légers. Les tiges minces avaient poussé entre les cailloux, ces jolis cailloux de la vallée de la Seine, polis, et veinés de couleurs charmantes. Au-delà, le parc attirait mes regards ; certainement la nature en avait brouillé le dessin ; mais jusqu'à quel point ? J'aurais voulu aller voir, tout de suite.

— Allons, Monsieur, je vois que je vous ai assez ennuyé avec mon bavardage. Je vous laisse visiter tout seul : c'est mieux ; je vous gênerais. Tout est ouvert, et vous pouvez rester tout le temps que vous voudrez — Quand vous sortirez, je serai dans ma loge. "

J'aimais assez le ton sentimental du vieux soldat. Il comprenait ce qu'une visite au Collège signifiait pour un de ses anciens élèves ; et le tour élégiaque de son discours n'était pas absolument involontaire. J'admirai surtout la délicatesse du dernier sentiment exprimé : " Je vous gênerais. "

Et vraiment je ne savais guère par où commencer ma visite. J'ai tout vu pêle-mêle, sans méthode, revenant sans cesse sur mes pas. Les pierres de l'escalier central de la terrasse sont disjointes. Les branches des grands arbres, qui n'ont plus été taillés depuis des années, ont poussé dans toutes les directions. Le pâturin a envahi les allées. Devant le parloir, des pourpiers qui se sont échappés,

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