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730 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

mousse sous les pas ; et des djirns d'or, accroupis en des coins, faisaient monter, dans l'imperceptible fumée des cassolettes, des parfums qui semblaient émaner des fleurs d'étoffe. Avec les oeillets, les jacinthes et les tulipes des Jardins et des brocarts,avec leurs odeurs et leurs couleurs, comme les rosiers sous le soleil font avec du fumier les roses, Sohrab le poète, au son du ravanastron apporté par les moines mendiants du Pays des Idoles, aux sons de la flûte, du rebab et du tambourin qu'expliquent les pas des danseuses, devait couvrir de vers im- mortels son parchemin pour la gloire de Dieu, du Prophète et du Sultan Mohammed.

D'abord les chaleurs et les odeurs des Jardins soumirent et trahirent le poète ; les jacinthes auraient voulu entrer dans un Livre de Jacinthes semblable au Goulistan, et Sohrab s'irritait de ne pouvoir vaincre l'insistance des distiques qui se composaient malgré lui pour exalter des choses trop petites.

Alors il se retira dans les mondes impossibles et compliqués qu'avait dressés le long des murs la fantaisie du tisserand ; et sa démarche attentive promenait, parmi les parfums des cassolettes, ceux dont on avait embaumé ses vêtements lamés d'or. Et de nouveau Sohrab, dans les douceurs, s'étonna de rester plus stérile qu'autrefois. Car l'Apparte- ment, comme le Jardin, peupla son âme d'odeurs, de sons et de couleurs qu'il aurait voulu mettre

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