Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


LE REGNE DE l' ARTISTE 6j

peu devient effectif, c'est sur un malentendu qu'il se codifie. Une douzaine de trop grandes, de sur- humaines figures d'artistes qui se partagent une douzaine de siècles, faussent, s'il s'agit de formuler des droits, toutes proportions et toutes mesures. La corporation toute entière se réclame d'eux, comme si le droit de bouleverser l'humanité, de contrarier ses goûts, d'accélérer sa marche était l'attribut du métier, non de la taille et de la force individuelles. Quelque César Borgia aurait pu s'autoriser de la Sixtine pour tordre, violenter, briser et /refondre à son gré dix provinces. Mais les décorateurs de murailles et les tailleurs de statues n'ont rien à s'approprier des audaces de Michel-Ange.

Pourtant ces assimilations hasardeuses, ces pri- vilèges usurpés, les philistins même commencent à s'en accomoder. Encore un peu, et comme les moins religieux se sont souvent trouvés les plus cléricaux, ils seront les premiers à prendre fait et cause pour les prérogatives de l'art. Déjà lorsque celles-ci semblent respecter mal les intérêts de la race, elles trouvent une opinion publique com- plaisante. Si l'hégémonie des artistes est menacée, ce n'est plus désormais que par quelques mau- vaises têtes : " Quelle est, murmurent ces contra- dicteurs sans tendresse, l'insolence de ces orfèvre- ries et de ces bijoux qui, parce qu'ils survivent au corps qu'ils embellissent, se croient plus que ce

�� �