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lenger et de Baron. Quant à Fourmois que, d’après ses toiles du musée de Bruxelles, on considérait généralement comme un peintre très sage, très savant et très ennuyeux, il sort singulièrement grandi de cette exposition, où il est représenté par une admirable vue du Dauphiné et par une Ruine de Vianden qui comptent parmi les meilleurs paysages romantiques que je connaisse. De Greef aussi, si lourd d’ordinaire, se révèle un coloriste très fin, très capable d’exprimer le mysstère émouvant d’un hiver brumeux. Et de même, on a très bien su choisir dans l’œuvre de Vogels, d’Isidore Verheyden, d’Eugène Verdyen, de Fritz Toussaint.

Cette rétrospective est agréable. Mais depuis sa fondation, le véritable intérêt de la Libre Esthétique, c’est ce qu’elle apporte de nouveauté dans ce milieu bruxellois qui retarde toujours un peu. Elle n’a pas manqué à son devoir cette année. Après un salut aux maîtres de l’impressionnisme, à Monet, représenté notamment par ses admirables Dindons de la collection de la princesse de Polignac, Renoir, Pissarro, Lépine, Gauguin, après l’indispensable hommage aux néo-impressionnistes pour qui elle livra ses premières batailles, elle révèle à ce public habitué aux prudentes images de ses peintres les harmonieuses hardiesses de Guillaumin et de Manguin, la flamboyante Italie de Pierre Laprade, les nobles synthèses de Flandrin, les savoureuses brutalités d’Albert Marquet, sans compter l’harmonieuse lumière de Van Rysselberghe que ce public connaît mieux.

Certes, bien peu de ces artistes nous donnent un art qui nous satisfasse pleinement. Pas un d’entre eux qui ne soit inégal. Mais c’est le propre de l’art contemporain d’être inégal. Lassé des patientes interprétations traditionnelles, il ne sait où il va, cherche à exprimer l’inexprimable, et s’il lui arrive d’atteindre à des réussites qui nous émeuvent peut-être plus profondément que ne le faisaient les tranquilles chefs-d’œuvre d’autrefois, il faut avouer que ce sont bien souvent d’heureux hasards. Il convient de nous le montrer tel qu’il est : son imperfection répond à nos imperfections, son inquiétude à nos inquiétudes, et devant cette barbarie dans laquelle il tombe