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668 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

C'était aux vacances de Pâques. Je voyageais avec ma mère. J'avais un peu plus de vingt ans ; mais je n'eus vingt ans qu'assez tard ; j'étais encore tendre et tout neuf.

Pour le divertissement de quelques touristes, un mana- ger avait organisé une soirée de danses au premier étage d'une posada de faubourg. Déjà je répugnais, alors, à tout ce qui sent l'apprêt... mais quel autre moyen de voir ces danses ? Elles ne s'exhiberont bientôt plus que dans les musics-halls et les cabarets de Paris.

Habanera, cachucha, séguedille authentiques nous furent servies ce soir-là. Sur trois des côtés de la salle, des chaises de paille et des bancs réservés aux touristes étaient disposés sur deux rangs. J'étais assis à côté de ma mère ; nous avions en face de nous une vingtaine d'Espagnols et de gitans, dont six femmes ; les uns très pâles, les autres tannés comme le cuir de leurs souliers. (Je dis cela par romantisme ; mais je crois qu'à peu près tous étaient chaussés d'espadrilles.) Chaque femme à son tour se levait et dansait, seule ou bien avec un cavalier ; le chœur des instruments, des claquements de mains et des voix rythmait la danse...

Le spectacle, un peu morne au début, s'animait. On en était peut-être à la troisième danse ; celle qui la dansait, une Andalouse sans doute, au teint rose, s'agitait du ventre et des bras selon la mode des juives algériennes, et faisait flotter deux foulards, l'un caroubier, l'autre cerise qu'elle tenait du bout des doigts. Vers la fin de la danse elle commença de toupiner, lentement d'abord, puis de plus en plus vite, d'abord au mitan de la salle, puis en grand cercle, à la manière d'un toton près de choir, sui- vant le rang des spectateurs qu'elle frôlait. Au moment

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