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644 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Pourtant, is'il avait pu être vu par elle . . . seulement vu !.. . A la Pentecôte il eut la chance de passer un jour entier à Paris ; un vrai jour vivant de Paris, et non pas un~de ces dimanches renfrognés et mornes, lorsque tous les- magasins se sont fermés exprès pour n'être pas vus des collégiens et des Saint-Cyriens. Les Saint-Cyriens, eux, semblent sourire avec mystère en passant le long des devantures closes : ils ont vu les étalages jeudi dernier. Mais pour les collégiens, pas d'étalages : cela pourrait leur faire oublier leurs thèmes. Jusqu'aux librairies qui sont oblitérées : les collégiens doivent se contenter des éditions classiques ; et la littérature contemporaine n'est pas faite pour eux. Du reste, elle ne vaut rien : MM. les surveil- lants-généraux, qui se montent des bibliothèques avec les romans confisqués aux élèves, vous donneront à entendre que, pour commencer à avoir du talent, un auteur doit être mort depuis soixante-quinze ans.

Camille Moûtier avait passé tout un samedi à Paris, chez son correspondant qui, s'étant souvenu de l'existence du petit collégien, l'avait envoyé chercher à Saint- Augustin par son domestique. C'était une corvée pour le domestique: il dut faire semblant d'écouter tout ce que ce petit garçon lui dit de l'Amérique et des beautés de la langue castillane. Arrivé dans l'appartement sombre de la rue des Saints- Pères, Camille Moûtier fut aussitôt confié à un neveu de son correspondant, un jeune homme de vingt ans, qui faisait son droit.

Camille l'avait déjà vu, ce grand étudiant en droit ; mais il n'aurait su dire en quel lieu ni quand. Cet apparte- ment et cette famille lui apparaissaient toujours comme des choses et des gens vus en rêve, dans un rêve qui

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