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��LE REGNE DE L'ARTISTE

��Seul l'artiste laisse un document direct de ce que fut sa personnalité ; seul il survit, à proprement parler. C'est dire qu'en bonne logique, il demeure le maître d'une civilisation. — Or il est du règne des artistes comme du suffrage universel : c'est une force longtemps modeste, inconsciente, qui accepte les correctifs et les limitations, puis qui soudain prend conscience d'elle-même et comprend qu'elle peut se donner libre jeu, sans que sérieusement aucun contre-poids risque de la tenir en balance.

En face de l'œuvre scientifique toujours abstraite ou provisoire, en face de la création économique qui si vite se transforme en forces anonymes et mécaniques, l'art a ce privilège unique de demeu- rer presque intact. Dans l'apport bientôt fruste du passé, il garde ses lignes et son visage, et n'a plus pour rivales que quelques grandes figures historiques qui refusent de s'effacer. Encore faut-il à celles-ci, pour rester vivantes, une âme singulièrement forte et pathétique, et il en est bien peu dont, passés quelques siècles, l'ombre conserve encore

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