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63O LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

allait fumer en cachette, par exemple ; et l'histoire de la bouteille de Champagne apportée par un domestique aux élèves de philosophie, — tout cela avait été mystérieuse- ment rapporté au Préfet des Etudes. Lorsque l'idée que son père était le " mouchard " avait traversé son esprit, Joanny avait rougi soudain : le plus doux des liens qui l'avaient jusqu'ici rattaché à ses vieux venait de se briser. Dès lors, il ne leur confia plus rien. Eux, ne s'aperçurent pas de ce changement : l'enfant avait de bonnes notes pour sa conduite et pour son travail : que pouvaient-ils demander de plus ?

Surtout, les confidences que Joanny avait à faire n'étaient pas de celles que le premier venu peut entendre. C'étaient de grandes et sublimes pensées, destinées à régénérer le monde. Or, les bourgeois sérieux, ceux qui travaillent, n'aiment pas la politique abstraite, les idées pures, les utopies. Ils ne perdent pas de vue les intérêts matériels. Joanny sentait, entre les opinions de ses parents et ses propres rêves, un contraste pénible, presque ridicule. Et du reste, la grande idée de Joanny Léniot était pour faire sourire tous les honnêtes gens. Il était partisan d'un retour à l'hégémonie impériale romaine, telle que cette hégémonie existait sous Constantin et sous Théodose.

Nous lisons Victor Duruy sans enthousiame, et c'est tant pis pour nous. Car si l'enthousiasme n'est peut-être pas dans 1' " Histoire romaine " de Duruy, au moins devrait-il être en nous. A un âge où nous commencions à nous gorger d'Emile Zola et de Paul Bourget, à l'abri derrière nos pupitres, Joanny Léniot s'enivrait d'histoire romaine. Les temps légendaires, la royauté et les débuts de la République lui importaient peu. C'est à partir de

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