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NOTES 519

serions plus émus de voir des cœurs déchirés que des blessures d'amour propre.

Mais passons à M. Bataille cette complaisance pour le snobisme des troisièmes galeries. Aussi bien ne songerions-nous pas à la lui reprocher si constamment de copieuses décou- vertes psychologiques nous absorbaient. Or, il faut bien le reconnaître, ce n'est point le cas. Il y a dans la Vierge folle un caractère de femme neuf, émouvant, précis ; les autres figures sont tracées d'un trait correct, c'est tout ce qu'on en peut dire. Si l'œuvre de M. Bataille ne prétendait qu'à être l'une des meilleures de la saison, nous n'en demanderions pas plus ; mais cet auteur a su mettre en nous d'autres exigences. — Qu'on prenne n'importe quelle pièce de la maturité d'Ibsen, partout les figures des protagonistes y deviennent d'autant plus belles qu'elles s'enrichissent au contact de plus complexes figures de second plan. Le duc, la duchesse et leur fils ne prononcent pas une seule parole que le spectateur n'aurait pu prévoir. La jeune évadée elle-même n'a plus guère pour nous d'existence sitôt que nous cessons de nous intéresser au jeu et aux toilettes de l'actrice. Quant au séducteur il ne diffère pas notablement de ceux qui nous sont connus par ailleurs.

Si nous ne pouvons réprimer le sentiment du " déjà vu ", ce n'est pas au talent d'Henri Bataille qu'il convient de s'en pren- dre, mais au genre de ses pièces. Il semble que ce théâtre amoureux qui depuis si longtemps occupe toutes les scènes françaises, laisse entrevoir un certain épuisement. La fécondité en a longtemps pu paraître défier toute disette, mais les fruits qu'on y récolte commencent à révéler un sol fatigué. Il n'est pas de genre littéraire qui après une longue période de pro- ductivité, n'ait besoin de rester quelque temps en jachère. On admire l'acharnement de nos dramaturges à fouiller un terrain déjà si appauvri, alors que tout autour il est tant de terres vierges. Comme si dans la vie il n'y avait que des questions d'amour, comme si même elles étaient les plus vitales ! Mais on croirait qu'un maléfice retienne nos auteurs dans les sujets d'adultère, comme jadis ils ne savaient pas s'intéresser à autre chose qu'aux mariages contrariés qui se concluaient à la

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