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DEUX LETTRES 513

appelez les " vérités françaises ". Vous séparez les nationalités, c'est ainsi que vous différenciez le monde, moi je sépare les classes. Et pour que vous m'ayez atteint, pour que vous m'ayez re- monté à la bouche les choses de votre fonds qui, chez moi, étaient étouffées par je ne sais quel amas de pierres, il a fallu que vous fussiez bien puissant.

Comme vous êtes heureux, de vous être trouvé ! Entre votre père, votre femme et votre fils, com- me entre trois miroirs vous vous voyez en entier. Et comme j'envie cette classe bourgeoise qui a déterminé en vous un tel équilibre qu'il semble que vous fussiez un de ces temples à base carrée que l'on élevait en l'honneur d'un seul dieu et qui font penser combien la Nature est simple dans ses lois.

Vous êtes plein de connaissance, votre style donne l'impression que vous dites exactement ce que vous avez voulu dire. Ceci n'est pas une banalité. Je me reporte à mon cas. Nous avons été murés comme des pauvres et, parfois, lorsque la Vie entrait chez nous elle portait un bâton. Nous n'avons eu comme ressource que de nous aimer les uns les autres. C'est pourquoi j'écris toujours plus tendre que ma tête ne me le com- mandait.

Je vous remercie personnellement de ce que vous dites d'Emile Henry. Je connaissais en vous

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