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FERMINA MARQUEZ 507

— Nos lits sont bien étroits et bien durs." Du doigt, elle désigna le crucifix :

— Songez que la Croix était un lit bien plus étroit et bien plus dur, pour y mourir ! "

Joanny la regarda, stupéfait. Il crut qu'il venait de voir très loin en elle. Comme leurs pensées étaient diffé- rentes ! Lui, il songeait à ce qu'il y avait de piquant, dans le fait de sa présence au milieu de ce dortoir de garçons ; et elle, dans le même instant, se livrait aux emportements d'une passion mystique. Ils redescendirent, en silence ; et, en retrouvant la fraîcheur du parc, ils respirèrent plus largement.

Pilar, les ayant aperçus, les appela.

— Qu'avez-vous pour le goûter ? " demanda Fermina de sa calme voix indifférente.

Pilar fit le geste de rouler, entre ses mains, une spatule dans une chocolatière. Comme ils s'approchaient, Marna Doloré leur demanda d'où ils venaient. Et, sur leur réponse, elle se mit en colère. A mesure qu'elle parlait, elle s'irritait davantage. Ses reproches se succédaient avec tant de rapidité que Joanny ne distinguait plus les mots. Elle conclut abruptement son discours en se levant et en souffletant Fermina. La jeune fille retint la main de sa tante, cette main qui venait de la frapper, et la baisa respectueusement. Joanny, interdit, ne trouva pas une parole. Et le valet qui assistait à cette scène de famille !

Fermina prit la tasse de chocolat que sa sœur lui ten- dait. La joue qu'avait meurtrie sa tante devint très rouge et l'autre restait affreusement pâle. Joanny aurait voulu se jeter à ses pieds, couvrir de baisers le bas de sa robe, ou bien, songeant que sa présence augmentait sans doute

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