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FERMINA MARQUEZ 5OI

temps que j'étais ici, enfermé. Dans les salles d'étude et dans les dortoirs, enfin partout où l'on ne peut pas voir le parc ni la rue qui passe devant la porte d'entrée, on peut aisément se figurer qu'on est dans un très grand navire, en plein océan. "

— Et le bruit du moteur qui fournit l'électricité, n'est-ce pas ? c'est le bruit des machines.

— C'est un grand navire qui ne glisse pas sur un océan véritable ; c'est sur la mer du temps qu'il s'avance.

— Oui, oui, c'est cela ; et quel service fait-il, sur cette mer ? Il fait le service d'une grande vacance à l'autre grande vacance ?

— On dit : " les grandes vacances, " Mademoiselle ; excusez-moi de vous reprendre, mais j'obéis à Marna Doloré ; — oui, vous avez raison ; et les vacances de Pâques, de Noël, de la Pentecôte, de la Toussaint, sont les escales du grand navire. On se laisse porter ; on vaque à ses occupations ; et, de jour en jour, à travers les saisons, le paquebot avance, presque sans bruit ; voyez : le ciel glisse. "

Joanny avait été content de s'être ainsi rencontré avec la jeune fille ; c'était une pensée originale, qui supposait une sensibilité particulière. En se quittant, ils s'étaient donné une solide poignée de mains. De l'affection pour- rait grandir bientôt, sur le plaisir qu'ils avaient éprouvé à être ensemble.

Cette pensée, et le souvenir de cet au revoir, donnèrent à Joanny le courage nécessaire pour se remettre à sa vie ordinaire. Il penchait, en écrivant avec soin, sa joue sur son cahier ; un frisson de plaisir, parfois, parcourait son corps. Il se sentait tellement pur et doux que c'était comme si elle eût été près de lui, là, sur le même pupitre

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