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��49^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

reprendre si elle faisait des fautes. Et elle, réduite à un vocabulaire plus restreint, exprimerait plus ingénument ses pensées.

La première journée, à elle seule, fut belle comme une aventure, et si fiévreuse, et si gaie, si gaie surtout, que le soir Joanny était plein de cette tristesse lourde et vague qui vient terminer les journées de fète y ou les parties de campagne, lorsque, tout un après-midi, on a trop plaisanté et trop ri. Il était sorti de lui-même pendant quelques brillantes heures, et maintenant il rentrait dans son âme comme un homme, revenant la nuit d'un théâtre, rentre dans sa maison obscure et vide. Le lieu d'où il venait était si brillant qu'il ne distinguait plus rien dans sa vie quotidienne. Il eut un instant d'hésitation ; il ne retrou- vait plus ce qui naguère le liait si fortement à cette vie ; ses intérêts ne l'intéressaient plus.

Il voulut reprendre la version grecque qu'il avait commencée : c'était un poème de Tyrtée, si beau, que les alexandrins français venaient d'eux-mêmes s'appliquer sur les vers grecs. Les versions grecques, et tous les devoirs en général, ont chacun une physionomie particulière ; ce n'est pas le texte lui-même, c'est la façon dont il se présente, c'est la manière dont on va le traduire. Joanny regardait bien en face sa version grecque, et il ne la reconnaissait plus. Comment avait-il pu se passionner pour ce griffonnage ? Ces ratures mêmes avaient été faites avec amour. Et maintenant c'était une feuille de papier sans valeur, un brouillon. L'inutilité de ces devoirs apparut soudain à Joanny : les brouillons, les copies corrigées ! ils disparaissaient sans fin, dans le néant. Tant d'heures passées à les faire, et tant de soin dépensé ! Etait-il pos-

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