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496 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

montré au Préfet des Etudes un vilain côté de son carac- tère. Car l'allocution du Préfet des Etudes, à en bien considérer les termes, était beaucoup plus subtile qu'elle ne le paraissait d'abord. Certes, le Préfet des Etudes avait vu, d'un seul coup, ce qu'il y avait de basse insolence au fond du cœur de cet " élève modèle ". — " Ah ! zut ! il est fixé sur mon compte, à présent. "

Mais, qu'importait à Joanny d'avoir mérité le mépris de cet homme, si ce mépris ne se traduisait pas par une opposition à ses succès scolaires ? Il regrettait seulement de n'avoir pas poussé l'hypocrisie jusqu'au point où elle est invisible. Il sentait que, s'il lui eût fallu commettre une action vile pour garder ses droits au prix d'excellence, il l'eût commise sans remords. Mécontent de ne pas trouver en lui-même un caractère parfaitement droit, il se préci- pitait dans l'excès opposé, et se voyait sans déplaisir sous l'aspect d'un traître de mélodrame.

Mais la pensée de Fermina Marquez vint changer le cours de cet examen de conscience. — La pensée de la Ferminita est la plus belle pensée qu'on puisse avoir. Et ensuite, il y a le désir d'être aimé de la Ferminita. Mais la voir, ou plutôt la connaître, ou l'avoir connue, suffit à poétiser toute une existence. Des paquebots traversent l'Océan Atlantique. Plus tard, quand nous serons des hommes, nous irons dans l'Amérique du Sud. Nous y verrons toutes les femmes avec ces yeux qui auront vu Fermina Marquez. Il y a un proverbe qui dit que les Liméniennes sont les plus caressantes de toutes les femmes ; et il y a aussi les romances populaires de la République Argentine comme " Vidalita " par exemple, qui sont si amoureusement désespérées !... En cet instant, où Joanny

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