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488 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

(luisait très maladroitement dans ses rapports avec ses condisciples. Il regardait Saint-Augustin comme un hôtel (beaucoup moins luxueux il est vrai, que les hôtels anglais et français où il avait vécu depuis son départ de Bogota), mais enfin, comme un hôtel où Ton se fait servir en payant. Et Marna Doloré lui donnait trop d'argent de poche. Au lieu de recevoir les taquins à coups de poing, il leur faisait des distributions de frian- dises, espérant qu'ainsi on le laisserait tranquille. Mal- heureusement, le résultat de cette manœuvre n'était pas tel qu'il l'avait espéré. Les taquins revenaient de plus belle. Alors il les traitait de gueux et de mendiants, et vantait les richesses de son père : " Nous sommes venus jusqu'à Southampton sur un navire à nous," criait-il orgueilleusement. Un jour enfin on le traîna sous la pompe de la cour, et on le doucha. Marna Doloré porta plainte au Préfet des Etudes. Les doucheurs de Marquez furent mis aux arrêts. Pour représailles, Marquez fut mis en quarantaine. Nulle avanie ne lui fut épargnée. Il passait la plus grande partie de ses nuits à étouffer ses sanglots, la tête enfouie sous son traversin. Déjà, il avait beaucoup maigri. Léniot, en quelques jours, pouvait mettre ordre à tout cela. Il le ferait. C'était là le vrai moyen de s'insinuer dans cette famille. Après, on verrait... Il y avait encore deux mois et demi avant les grandes vacances.

Joanny se leva, tout joyeux. Il ressentait une sorte d'impatience gaie qu'il n'avait encore éprouvée qu'une fois : c'était la veille de son départ pour l'Italie, aux der- nières vacances de Pâques. Il ne pouvait tenir en place ; il aurait voulu pouvoir chanter.

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