Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


41 6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

A PROPOS DE "CYMBELINE", donné par la Compagnie Française du Théâtre Shakespeare.

Par un nouvel et remarquable effort, peu de temps après le succès du Songe d'une nuit d'été, la Compagnie Shakespeare vient de faire applaudir Cymbeline.

Aussi peu gênés que possible par le métier des acteurs, jeunes pour la plupart et qui ne cherchèrent nullement à masquer de leur art l'œuvre qu'ils avaient pour tâche de servir, c'est à loisir que nous avons approché le légendaire créateur, et les accrocs mêmes de l'interprétation ont contribué à notre illusion. N'était une perfection un peu moderne de décor et de costume, et cette erreur, à mon sens, d'habiller exactement les Romains de Shakespeare en Romains, ses Bretons en Bretons, nous nous fussions crus revenus aux improvisations sur la scène de Southwark, devant les courtisans de Jacques I er .

Et comment ne pas admirer une fois de plus que ces êtres qui vivent un instant sur la scène, semblent s'y trouver par hasard et non avoir été créés, mis au monde en vue de cet instant. Ils existaient auparavant, chacun selon son propre destin ; ils se sont rencontrés là, ne faisant que passer. Ces personnages, l'action dramatique les emprunte par surprise, découpe à son usage les moments essentiels de leur vie, mais ne hâte ni ne retarde les faits, et leur laisse leur désordre coutumier.

Par instants le public hésite, et ne sait si tel contraste, telle véhémence roturière alternant avec la précieuse recherche de l'instant d'avant, doivent être pris pour des effets comiques, et s'il faut rire. Il se heurte à des répliques étranges, qu'il ne sait plus classer ni définir. " Le public français exige avant tout, d'une œuvre dramatique, quelle qu'elle soit, l'unité de ton, de genre, d'inspiration "... C'est M. Léon Blum qui le reconnaît dans l'article qu'il consacre à une pièce récente.

Certes, bien française est cette incertitude du goût en pré- sence d'une coupe neuve, et non prévue dans les canons. Lorsque l'on commença de désigner du seul nom de pièce, certaines œuvres dramatiques, il y eut un peu d'étonnement et de crainte. Car enfin à quel genre avait-on affaire — et com-

�� �