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408 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

office ; ni aucun service de Dieu. Et ils n'ont jamais manqué de faire leurs Pâques, au moins une fois par an. Voilà ce qui garde tout. Le travail. Le travail du bon Dieu. Ils n'auraient, eux aussi, qu'à se faire soldats ; ça n'est pas difficile : on reçoit moins de coups, puisqu'on en donne aux autres. Une fois soldats, ils n'auraient, eux aussi, qu'à faire la moisson sans avoir fait les semailles. Mais les bons laboureurs aiment les bons labours et les bonnes semailles...

Comme se reprenant .-

Ecoute, je ne voudrais pas dire une bêtise. Mais au fond je crois bien qu'ils aiment tout de même autant le labour et les semailles que la moisson. Ils aiment autant au fond labourer que moissonner et semer que récolter, parce que tout cela c'est le travail, le même travail, le même sacré travail à la face de Dieu.

Au fond ils ne veulent pas moissonner sans avoir labouré, récolter sans avoir semé. Ça ne serait pas juste. Ça ne serait pas dans l'ordre du bon Dieu.

Tous les ans ils font à la même époque la même besogne avec la même vaillance, tout le long de l'année le même travail avec la même patience : voilà ce qui tient tout, ce qui garde tout ; ce sont eux qui tiennent tout, eux qui gardent tout, eux qui sauvent tout ce que l'on peut sauver ; c'est par eux que tout n'est pas mort encore, et le bon Dieu finira bien par bénir leurs moissons.

Moi je suis comme eux. Si j'étais à la maison occupée à filer mon peson de laine, ou ça revient au même si j'étais à jouer aux boquillons, parce que ce serait l'heure de jouer ; et si on venait me dire, si quelqu'un accourait : Hauviette, Hauviette, c'est l'heure du jugement, l'heure du jugement dernier, dans une demi-heure l'ange va commencer à sonner de la trompette...

Jeannette. Malheureuse, malheureuse, de quoi oses-tu parler ?

Hauviette.

Je continuerais à filer ma laine et ça revient au même je continuerais à jouer aux boquillons...

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