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402 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Représenter c'est bien le mot ; ici Péguy n'explique rien : il re-présente ; c'est à dire il remet au présent ce passé. Nul archaïsme. Sinon que la misère était plus grande alors, cet alors pourrait être aujourd'hui. Aujourd'hui cette détresse, cette angoisse ; aujourd'hui cette sainteté ; elle apparaît ici du même coup possible et nécessaire ; elle éclot naturellement. Elle ne paraissait pas, alors, plus possible et plus vraisemblable ; elle n'est pas moins possible ni moins vraisemblable aujourd'hui.

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��Le livre entier pourrait se partager en trois scènes ; une admirable prière de Jeanne d'Arc ; un dialogue de cette enfant de treize ans avec sa petite amie Hauviette — et je ne connais rien de plus beau — ; un très long dialogue entre Jeannette et la religieuse Gervaise, coupé par un interminable monologue de celle-ci. L'achemine- ment de la pensée est très lent, mais sûr. L'écriture de Péguy ne trace jamais une ligne ; elle tend à couvrir un espace.

Et je me proposais, après ce peu de chemin parcouru, de le reparcourir en quelques pas. Douze phrases m'eussent suffi pour résumer ces deux cent cinquante pages. Mais ces redites, cette superfétation même, sont de la pièce, en font partie. On supprimerait tout à vouloir essayer de réduire.

Je sais bien que ces redites, ces superfétations, ces reprises étaient déjà dans les précédents cahiers. Mais la manière, pour être personnelle à Péguy, dira-t-on qu'elle est postiche à ce Mystère ? Non ; mais bien que Péguy, pour écrire ce livre admirable, était tout préparé — désigné.

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