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FERMINA MARQUEZ 385

naient. D'autant plus que leur regard, droit, viril, plein d'une insolence gaie, démentait tout à fait ses cils noirs, très longs, presque féminins...

En allant ainsi s'amuser à Montmartre, Santos appre- nait à vivre. Il avait eu, au début, une certaine brusquerie de manières, et parfois s'était mis dans son tort. Un soir, comme Demoisel et lui montaient en courant, à la suite d'une jeune femme de leurs amies, l'escalier d'un restau- rant à la mode, ils rencontrèrent un groupe d'hommes qui descendaient ce même escalier. La jeune femme passa ; mais Santos, voulant la suivre, s'élança, et bouscula un homme âgé, qui lui barra aussitôt le passage en disant :

— Monsieur, j'ai fait place à Madame ; mais c'est à vous qui êtes jeune à me laisser passer maintenant. On n'a pas idée...

Le bonhomme continua sa semonce pendant quelques instants, et Demoisel riait déjà en pensant à la verte riposte qu'allait faire Santos. Mais Santos écouta jusqu'au bout sans broncher. Puis il salua, s'effaça et dit sim- plement :

— La leçon est méritée, Monsieur, je vous fais mes excuses.

Quelqu'un, du palier voisin, cria :

— Bravo, Monsieur, vous savez vivre !

— Vous, je ne vous demande pas votre avis, répliqua Santos, et il passa.

Bientôt, il put se mouvoir facilement dans ce monde assez compliqué. Il y devint même une force morale : le champion des femmes auxquelles on manque d'égards, et la bête noire de quelques-uns de ces petits messieurs qu'en voit trop à la suite de certaines beautés.

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