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FERMINA MARQUEZ 383

A Montmartre, Santos Iturria se trouva plus libre. Peu à peu, comme il y venait environ deux fois par semaine, il fut compté, dans quelques établissements, au nombre des habitués, et plusieurs d'entre nous, une fois finie la vie de collège, ont rencontré, dans les cafés du Boulevard de Clichy et de la Place Blanche, des gens qui avaient connu M. Iturria, et qui se le rappelaient bien.

Demoisel, dès que Santos eût pour ainsi dire découvert Montmartre, fut de toutes les escapades. Santos avait per- mis au nègre de le suivre, parce que, désirant un compa- gnon et n'osant entraîner son frère Pablo dans ce danger, il avait trouvé chez Demoisel une audace aussi grande que la sienne propre. Les deux camarades devinrent po- pulaires dans un certain monde de noceurs, de maîtres d'hôtel, de tziganes et de jolies filles. Le nègre, à vrai dire, avec ses jambes trop longues, sa taille trop haute, son nez court et curieusement retroussé au bout, un nez chiffonné de trottin parisien, très remarquable dans cette tête africaine, — un héritage, peut-être, de sa mère, la Pahisienne de Port-au-Prince? — Demoisel, dis-je, négligé de la Nature, n'obtenait aucun succès auprès des jolies filles. Du reste, il était violent, brutal et méchant, et si fort, que nul n'osait le contredire, surtout lorsqu'il était ivre. Dans ces moments-là, Santos seul pouvait le maîtriser et le ramener à temps au collège. Les autres nègres que nous avions à Saint- Augustin étaient des élèves modèles, travailleurs, très intelligents, garçons paisibles et de peu de mots, avec un peu de mélancolie, parfois, dans les yeux. Demoisel était donc une exception, et une exception terrible. On racontait, dans certains groupes, à voix basse, ses tristes exploits. Il paraît que,

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