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FERMINA MARQUEZ 375

bien sages, et regarder dans notre cœur. D'abord, il fallait savoir qui elle était.

Ortega était, parmi nous, le seul Espagnol originaire de la métropole, et, pour cette raison, nous le traitions avec déférence. Santos, en cela encore, nous donnait l'exemple. Il tenait à bien montrer au jeune Castillan qu'il n'avait rien, lui, Santos Iturria, de Montérey, abso- lument rien d'un vulgaire et grossier parvenu américain, d'un " cachupin ". Lui, qui dominait par la force et la parole notre petit monde, il cédait le pas, volontairement, en bien des choses, à ce faible, indolent, taciturne Ortega. C'est ainsi que dans cette circonstance, il lui demanda tout d'abord son avis. Ortega observait la vie du collège, les petits événements quotidiens, les allées et venues des maîtres et des élèves. Il répondit qu'il pensait que ces jeunes filles étaient les sœurs de Francisco Marquez, un nouveau, entré en cinquième depuis peu de jours. Il avait deviné juste.

En lui tordant longtemps le poignet, Demoisel arracha au petit Marquez d'abord le prénom de sa plus jeune sœur, Pilar ; puis, en serrant un peu plus, il sut le prénom de l'aînée : Fermina. Nous étions là, regardant cette scène de torture : le nègre vociférant dans la figure de l'enfant, l'enfant le regardant bien en face et sans rien dire, des larmes coulant sur ses joues. Ce courage-là s'accorde mal avec le mensonge : Marquez ne nous trompait pas. Nous avions donc un mot maintenant, un nom à nous répéter tous bas, le nom entre tous les noms, qui la désignait : Fermina, Ferminita. . . des lettres dans un certain ordre, un groupe de syllabes, une chose immatérielle et qui pour- tant porte en soi une image et des souvenirs, enfin quelque

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