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CHARLES BLANCHARD 31

être vide encore et qu'il allait être nécessaire de s'asseoir sur une chaise, de baisser les yeux, de la considérer tristement et de s'arracher du cerveau de lourdes pensées pour tenter de la remplir. Oui, c'est ainsi que la journée commençait. Mais une heure à peine avait passé, il n'était pas bien certain que sept heures eussent sonné, quand Baptiste disait déjà :

— Allons, gamin, aujourd'hui je vais te faire noircir des sabots.

Pour noircir les sabots, on se sert, en guise de pinceau, d'une patte de lièvre que l'on trempe dans une teinture noire. Charles Blanchard d'abord se méfiait, mais bientôt ce fut plus fort que lui. Dès qu'il eut un peu de couleur au bout de sa patte, avant même qu'il l'eût répandue sur la tranche de son sabot, il fut entraîné par la plus joyeuse des idées qui puissent s'emparer d'un enfant. 11 pensa :

— Je vais faire de la peinture ! l

La peinture sur sabots ne se suffit pas à elle- même. Quand il eut terminé sa besogne, tous les sabots étant noircis, quand le Charles Blanchard nouveau tenta de rentrer dans le Charles Blanchard ancien, celui qui n'avait rien à faire, ne rien faire n'était plus dans la vie ce qui lui semblait préférable. Il dit :

— Mon oncle, j'ai fini.

1 Les autres variantes montrent qu'il n'y vient pas de si tôt.

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