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352 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

que Jones comptait faire en dix-huit jours si le temps le permettait et si rien ne cassait en route.

La route était en plaine, coupée de temps à autre de monticules de sable et de collines peu élevées, couronnées de bois de pins. Les bouquets d'arbres disséminés faisaient des taches d'ombre et de verdure neutre sous le soleil aveuglant ; les " mulgas " gris que le bétail a taillés en ombelles, les "arbres léopards" à écorce tachetée, les " beefwood " dont le bois frais coupé est couleur chair de bœuf; les fuchsias sauvages et les buissons de " sait bush " aux feuilles d'un vert bleu pâle.

Pendant la première semaine, le wagon longea la rivière, on n'était pas encore sorti des limites de Moon- dooroo. On passa un des puits artésiens ; la hutte du " boundary-rider " (cavalier chargé de l'entretien des barrières) puis les deux croix de bois plantées sous un " quandong " à l'endroit où deux " swagmen " étaient morts de soif en 88.

Jones et Jessie suivaient le wagon tantôt à cheval, tantôt à pied : la route était bonne, l'herbe ne manquait pas : on faisait environ i o miles par jour.

Le 1 6 e jour, le soleil se leva dans une atmosphère de plomb et resta emprisonné dans un brouillard rouge. Les chevaux suaient et haletaient, Jones et Jessie sentaient une lourdeur peser sur leurs épaules.

Vers trois heures de l'après-midi, une muraille sombre s'éleva dans l'Ouest et sembla se rapprocher ; le ciel disparaissait sous le rideau épais qui devenait violet au fur et à mesure qu'il s'étendait davantage.

Une tempête de sable, une " averse du Darling " arri- vait en ouragan ; on pouvait déjà sentir une odeur de

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