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LE REGNE DE L'ARTISTE 327

l'artiste est aujourd'hui la plus respectée, la mieux établie ; elle a la meilleure cote. Il ny a pas encore beaucoup de siècles, l'exaltation religieuse, l'élan de la prière paraissaient seuls de bon aloi, sans fraude, sans leurre. L'artiste, dans ce temps-là, pouvait s'exalter tout son soûl, il n'entrait pas en ligne de compte. Au moine revenaient les visions : aujourd'hui c'est lui qui paraît suspect, et le poète favorisé d'illuminations lyriques le remplace. Or tout comme son prédécesseur, l'artiste accapare. Il détient l'inspiration et ne semble pas se douter que le monopole dont il jouit ne correspond plus en- tièrement à l'état de notre culture et sent un peu son Louis-Philippe. D'autres inventions, d'autres sujets d'exaltation, d'autres découvertes, scien- tifiques, sociales, fût-ce simplement industrielles, viennent donner à l'homme moderne cette joie de la trouvaille, de l'éclosion, cet éblouissement quand sa pensée jette une flamme inattendue. Toutes ces inspirations-là ne s'en tiennent plus à l'humble rang qu'on leur assignait, et>i l'on voit les jeunes gens accueillir avec enthousiasme une poétique un peu trouble et relâchée mais qui fait la place large aux nouvelles préoccupations du siècle ; s'ils s'é- crient : Enfin voilà qui n'est plus de la littérature ! — ils blasphèment sans doute assez étourdiment, mar ~vec une sorte de générosité,comme s'ils entre- prenaient de défendre de jeunes beautés contre les orgueilleuses prétentions d'une vieille dame.

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