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320 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

dans la rue. Je reconnais la rue, les maisons, les hommes, les voitures. Il me semble que j'avais tout oublié et que j'aperçois de nouveau chaque chose à sa place.

Bien souvent, dans cette dernière année, tu nous avais confié :

— Je regrette la pauvreté.

On a dit sur ton amour de la pauvreté, sur ta pitié, sur ta tristesse beaucoup de choses.

Des gens du monde et des journalistes ont raconté un Charles-Louis Philippe qui gémissait sur la douleur humaine dans une chambre d'hôtel garni ou dans une chambre de bonne. Du jour où tu n'habitas plus le sixième étage, ils n'ont plus voulu de toi. Les gens du monde et les gens d'affaires ont une façon simple et forte de comprendre la pitié. Ils l'as- signent, comme une fonction, à quelques artistes qui doivent en être les spécialistes et en porter l'uniforme.

Tu n'étais pas, Philippe, un mouton bêlant dans un troupeau de néo-évangélistes.

Un soir, nous entrâmes dans un pauvre café-chantant. La salle était remplie de garçons livreurs, de tout petits em- ployés, de soldats, de filles et de souteneurs. Quatre planches, haussées à même le parquet, étaient la scène.

Les romancières et les comiques alternaient exactement. Les femmes avec leurs bras tristes, les hommes avec leurs visages de forçats timides, présentaient à la fois leur misère et leur déguisement.

Nous n'avons pas joué la comédie. Nous prenions, toi et moi, la part de plaisir que nous prenons tous à de tels specta- cles. Nous étions un peu les complices de la romancière et du comique.

Un peu plus tard, nous nous sommes assis à une terrasse, apportant avec nous une volonté de campement et d'installa- tion.

Nous vécûmes une seconde fois cette soirée. Mais elle cessa d'être un spectacle. Les souvenirs en passèrent par notre cœur et nous les échangeâmes.

Les chanteurs et les chanteuses de l'heure précédente re-

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