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��JOURNAL SANS DATES 29 1

douleur elle a souci de bien parler ; c'est une simple paysanne, mais elle sait qui est son fils. Et durant ces lugubres jours, au lieu de larmes, elle répand à flots les paroles ; celles-ci coulent égales, monotones, sans accent et sans mélodie, sur un ton rauque un peu et qui surprend d'abord comme si elle n'interprétait pas bien sa douleur ; et le visage reste sec.

Après midi je reviens encore ; je ne peux réaliser ce

deuil. Je le retrouve à peine un peu plus faible, le visage

convulsé, secoué ; luttant d'un peu plus bas contre la

mort.

Mercredi matin.

C. m'attendait au parloir. On nous mène, à droite de la cour, vers une petite salle secrète, d'accès oblique, et qui se dissimule, honteuse. Le reste de la maison l'ignore, car c'est une maison de santé ; où l'on n'entre que pour guérir — et voici la chambre des morts. Le nouvel hôte est introduit ici la nuit, lorsque le reste de la maison repose ; sur la muraille nue une pancarte spécifie : pas avant neuf heures du soir, pas après sept heures du matin. Et l'hôte ne sortira d'ici que par cette porte basse, cette porte verrouillée que je vois, là, dans le fond de la pièce, ouvrant directement sur l'autre rue...

Il est là ; tout petit sur un grand linceul : revêtu d'un costume brunâtre ; très droit, très roide, et comme fixe à l'appel. A peine changé du reste ; les narines un peu pincées ; les petits poings très blancs ; les pieds perdus dans de grandes chaussettes blanches qui se dressent comme deux bonnets de coton.

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