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272 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

avait un peu regardé autour de soi : soudain, on avait peine à le croire, une nouvelle heure sonnait, et c'était dix heures. Que la vie était facile ! Des hommes, par groupes, se campaient en plein milieu de la rue, et après s'être regardés pendant quelques minutes, après avoir prononcé quelques paroles, d'un commun accord, tous à la fois, se mettaient à rire. Des femmes, attirées par le bruit, se mêlaient à eux. Un peu plus tard, chacun s'en allait à son ouvrage. Dans la boutique du charron et dans celle du maréchal, des hommes robustes, les manches retroussées, accomplissaient d'admirables travaux et faisaient que les enfants eussent voulu avoir quinze années de plus pour pouvoir, comme eux, ferrer les roues, lutter contre les chevaux et vaincre le fer rouge.

Midi arrivait sans peine. L'après-midi, qui commençait ensuite, était une nouvelle journée plus douce que le matin. Des heures toutes bleues avaient envahi la rue et enveloppaient les maisons; le promeneur était au milieu d'elles, et comme celui qui mène une vie pour laquelle il semble qu'il soit né, le fond de son cœur était joyeux et sans inquiétude. Des heures toutes bleues et pleines d'un grand calme s'étalaient sous le ciel : elles étaient belles, on avait plaisir à les voir. Derrière certaines fenêtres, des jeunes femmes assises tra- vaillant à quelque ouvrage de couture, chantaient dans la paix une romance sentimentale qui, vous

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