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LETTRES 247

Je travaille avec joie. Mon chapitre aura une trentaine de pages et je suis content de ce que j'ai déjà fait. Je laisse un peu au hasard, je me laisse porter. Je me souviens du conseil de d'Alembert à un jeune homme qui était arrêté à chaque pas dans les mathématiques : " Allez en avant, Mon- sieur, et la foi vous viendra ! "

Ce sont ces voyages annuels dans mon pays qui me montrent le mieux combien j'ai changé. Autre- fois j'étais indulgent, je ne m'approchais des hom- mes qu'avec faiblesse et avec amour. Je voulais que tous fussent bons et, au prix même d'un mensonge, je le voulais. Tu te souviens d'une histoire de mon père à qui sa mère avait envoyé chercher une bouteille de vin. On n'avait pas rempli la bouteille. Sa mère lui en fit la remarque. Il répondit : " C'est moi qui ai bu ce qui manque." 11 avait menti, mais son idéal était sauvé. Ici, je ne suis plus de l'avis de personne. Il y a un ban- quier qui vient de faire une faillite de 2.600.000 fr. Toutes les petites économies des gens y sont allées. Tu parles si les gens sont en colère ! Pour moi, je ne puis m'empêcher de me réjouir parce que l'esprit a remporté une victoire. L'abrutisse- ment de l'argent, l'économie étroite, tout cela a reçu son coup. C'est par des faits de cet ordre que nous allons au progrès. Nous en causerons.

Mon père trouve que je fume beaucoup, que j'ai toujours le cigare ou la pipe au bec. Il ne

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