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DANS L ILE SAINT-LOUIS 205

conserves, il fallait débarrasser la table sur laquelle il écrivait. . . Les soirées s'allongeaient sous la petite lampe de pétrole, dans une atmosphère tiède de pauvre alcool et de tabac, une atmosphère du café de Cérilly.

Enfin, Philippe eut le grand logement qui réalisait toutes ses ambitions : 45, quai Bourbon. Au troisième étage, après un escalier de bois, de briques et de fer forgé, il avait une salle à manger, une cuisine et une grande chambre à coucher. De la fenêtre la vue était magnifique : " un peu plus loin que P Hotel-de-Ville, les deux bras de la Seine qui contournent l'île Saint-Louis se joignent et forment un large fleuve. Cette nappe d'eau s'écoulait, passait sur les reflets des lumières et continuait sa route avec cet aller endormant de Peau. Mais Pair se berçait au-dessus d'elle, vaporeux et vert, jusqu'à la pointe mélancolique du quai Bourbon... Les bateaux, éclairés jusqu'au fond de Pâme, fendaient la robe du fleuve d'un grand geste précis ".

Il travaillait dans la chambre où il couchait. Des tableaux de Marval et de Guérin égayaient l'ombre. Une bibliothèque plus solide supportait les livres plus nom- breux. Et, surtout, la table était en pleine lumière, contre la fenêtre, entre les feuilles et l'eau, la table désormais indépendante des repas. Sur le mur, il avait fixé un portrait de Dostoïewski, une photographie de Dickens, un portrait de Tolstoï. Ses pipes entouraient son encrier. Il recouvrait les dossiers de l'Hôtel-de-Ville sous les revues qu'il recevait. Il s'enfonçait solidement dans sa chaise et il écrivait : " y ai connu à Paris un écrivain pauvre et il avait coutume de dire : Voilà longtemps que ça dure. Un jour il y eut une affaire : un de ses livres devait lui rapporter plusieurs milliers de francs. Il s'entretenait à l'idée d'un

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