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204 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

emplie de tas de sable y de tas de gravier et d'ouvriers qui travaillent à je ne sais quoi au bord de Veau. C'est délicieux aussi parce que je m'y promène souvent et que je suis provincial comme les arbres de Paris."

Philippe allait prendre ses repas dans une crémerie, 88, rue Saint-Louis-en-1'Ile, tenue par M me Brunat. Cette crémerie a disparu. Il passait devant Phôtel où il avait conduit le père Perdrix. Son déjeûner, son dîner lui coûtaient vingt ou trente sous. Autour de sa table, il y avait souvent des femmes qui n'avaient pas vingt ou trente sous. Aussi, M me Brunat, grosse femme bon cœur, avait ouvert un compte à Monsieur Philippe. Le brigadier Flachère et ses collègues des brigades centrales, pension- naires de la crémerie, avaient " de l'estime pour leur voisin de table". Régine Lechangeur, "Tata", dernière bohème et qui savait la légende d'Orphée, leur avait dit que le petit Philippe était un grand écrivain. Souvent les agents arrêtaient leur manille pour écouter... Car des amis se glissaient dans la boutique et raccompagnaient l'auteur de Bubu. Philippe leur souriait des yeux et des narines. Ses mains dans ses poches étayaient ses épaules solides. Il faisait des petits pas comme une femme. Quand il se retournait, devant sa porte, avant de " monter travailler " nous comprenions sa force et nous partagions son espoir.

Il habita 31, quai Bourbon, au sixième étage, au bout d'un corridor horrible, une petite chambre de bonne qu'il changea pour une autre chambre avec cuisine, trois cents francs ! Le lit de fer était placé à droite de la porte ; la bibliothèque était faite de six planches. Lorsque des amis venaient dîner à l'improviste, en apportant des boîtes de

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