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ENFANCE ET JEUNESSE l8l

place dans un bureau ; il lui procura la joie précieuse de se voir imprimé, à Paris d'abord, dans V Art Littéraire^ puis à Bruxelles, dans Stella 1 ; enfin il le décida à venir s'installer à Paris, et lui retint une chambre dans son voi- sinage ; il l'accueillit avec amitié et le préserva de l'isole- ment des premières semaines. Philippe a toujours parlé de Ghil avec beaucoup de reconnaissance et de respect.

Pour résister à la contagion du style décadent et à la tentation des théories abstruses, le jeune Philippe n'avait que son bon sens, qui bientôt reprit ses droits ; il lui a manqué, pour se libérer plus vite, une bonne culture clas- sique et philosophique. Au lycée, il avait suivi l'enseigne- ment dit spécial — spécial aux pauvres de bourse ou d'esprit. C'était une discipline utilitaire, trop exclusive- ment mathématique pour un esprit comme le sien. A vingt ans, Philippe se mit courageusement au travail. Il fît une chimérique et vaine tentative d'apprendre le latin ; il lut et relut les Confessions de Rousseau ; le livre de V Alle- magne de M me de Staël (il y trouvait en germe toute une théorie de la poésie moderne); les Caractères de La Bruyère, Racine, La Fontaine et surtout les Provinciales^ dont il savait des pages entières par cœur. A cette école, il acquit ou retrouva le goût d'une langue pleine et pure. En même temps, il lisait Descartes et aussi Kepler, dont il citait une phrase grandiose : " Le sort en est jeté, j'écris ce livre : qu'il soit lu par mes contemporains ou par la postérité, n'importe ; il peut bien attendre un lecteur pendant un siècle, puisque Dieu lui-même a manqué, durant six mille années, d'un contemplateur tel que moi." Philippe écrivit des vers pendant un peu plus d'une i C. L. Philippe, Salon vide, (Stella, déc, 1894.)

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