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ENFANCE ET JEUNESSE 177

sur quelque sujet patriotique ou moral. Ces compositions hérissées d'épithètes faisaient le désespoir de M. Gustave Michaut, aujourd'hui professeur en Sorbonne. Il couvrait de traits à l'encre rouge la fine écriture de Philippe, et répétait en tête de chaque devoir cette appréciation désolée : Toujours la même chose ! J'espère que plus tard M. Michaut s'est rendu compte, pour son plaisir, que ce n'était plus la même chose.

Dans l'été de 1894 Philippe se persuada qu'il n'avait aucune chance, ni aucun désir d'entrer à l'Ecole Polytech- nique. Avant de nous séparer, nous allâmes faire une retraite à l'infirmerie du lycée. J'étais de santé faible et souvent trop malade pour supporter le réveil au tambour et la fatigue des classes. Un jour, le médecin m'ordonna de me mettre au lit, et dès le lendemain Philippe me fît l'amitié de prendre un gros rhume pour venir me rejoin- dre. Il a dit, dans un de ses livres, que les maladies sont les voyages des pauvres. Ah ! quel beau voyage nous fîmes cette semaine-là ! Nous étions seuls dans le dortoir où six lits blancs étaient rangés contre les fenêtres tendues de rideaux blancs. Tout le long des lentes journées, nous nous lisions des vers, alternativement ; quand le soir tombait, nous nous taisions, et le silence était plus doux que toute poésie. Par l'une des deux rangées de fenêtres, la chapelle des Visitandines versait sur nous sa grande ombre ; le front collé aux fenêtres d'en face, nous regar- dions la rue Sous Saint- Jean, et le couvent du Sacré-Cœur où tintait une cloche grêle. Jusqu'à la nuit, nous restions debout l'un contre l'autre, sans parler, et nos jeunes cœurs pleins de tendresse et d'héroïsme défiaient l'avenir.

Philippe sortit du lycée pour entrer dans la vie. Il

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