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I76 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

en dire encore î... Et quand ils partaient, ils refermaient leur cœur pour y garder toutes ces images et s'en faire des rêves la nuit. " 1 C'est bien plus tard que je traduisis à Philippe le délicieux Crépuscule de Henri Heine :

" Il me semble entendre encore les contes antiques et gracieux que me racontaient, quand j'étais tout petit, les enfants çlu voisin. C'était le soir, en été : accroupis sur les marches de pierre, devant la maison, nous écoutions le conteur parler à voix basse avec nos petits coeurs attentifs et nos yeux curieux et sages, tandis que de grandes jeunes filles, derrière les pots de fleurs qui em- baumaient, étaient assises à la fenêtre d'en face, visages de roses, souriant dans le clair de lune. " Philippe à ses débuts n'était-il pas plus proche de Heine que de Mendès ? Du premier coup, il avait trouvé le ton juste ; il créait, pour dire la beauté de son village, un style d'une fraîche nouveauté ; il chantait, à sa manière, aussi bien que Francis Jammes, auquel il devait dédier un de ses premiers articles. 2

Des pages qu'il écrivit sur la table étroite du lycée, il ne reste presque rien. J'ai sous les yeux son tout premier ouvrage, je veux dire le premier qu'il ait tenu à conserver. C'est un poème en prose bizarrement intitulé Ames d y alligators. " Sur la grève, dans la fange tiède et molle, des alligators sentant le musc faisaient claquer leurs mâchoires... " On y trouve déjà la tendresse des Quatre histoires de pauvre amour, avec des souvenirs de Baude- laire et beaucoup d'emphase romantique. Dans le même style, il écrivait chaque semaine un " devoir français "

1 Quatre histoire de Pauvre amour, p. vu. » Dans l'Enclos, 1 Août 1898.

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