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172 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

d'autres noms. Il me parla du lycée de Montluçon, où les murs tout neufs faisaient la captivité plus dure, et d'un proviseur bilieux qui se plaisait à lui rappeler, délica- tement, qu'il était pauvre et boursier, et pour la moindre peccadille le menaçait de le renvoyer à l'établi de son père. Car au lycée comme au village, il y a deux sortes d'enfants, et les boursiers vêtus de drap bleu doivent se convaincre qu'ils n'ont pas tout à fait les mêmes droits que les autres. Quand Philippe eut fini de parler, il me regarda avec son bon sourire qui tirait un peu sa joue gauche, déformée par une cicatrice, et il me dit : " Tu fumes, n'est-ce pas ? Tiens, voilà du tabac. " Cette pre- mière cigarette, fumée en rond autour de la cour (on la tenait dans le poing fermé et on soufflait la fumée dans un pli de la vareuse) nous lia pour toute la vie.

Il y eut d'autres jours, comme disait Philippe, et Dieu sait s'ils furent nombreux, ces jours militairement ordonnés, de cinq heures du matin à neuf heures du soir, que nous comptions comme font les soldats, d'un congé à l'autre. Jamais contrainte ne fut plus impatiemment supportée. Il faudrait prendre au sérieux les peines des collégiens qui ont les nerfs un peu malades et le cœur trop sensible. Souffrance de l'emprisonnement, tristesse d'oiseaux en cage, souffrance (ge) n'être qu'un numéro dans une troupe ; souffrance de deux amis passionnés parqués dans deux études différentes, et qui ne se peuvent voir qu'aux récréations ; souffrance supplémentaire infligée par quelques-uns de nos répétiteurs, qui regardaient d'un œil mauvais cette amitié exclusive, non prévue par les règlements, d'un candidat à Polytechnique et d'un petit élève de seconde. Un surtout, que nous appelions le

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