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124 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Rts et fleurs passent dans mes yeux Comme un vif avril orageux,

Mon doux émoi, ma douce vie...

J. S.

��BEALE-GRYNE, par Jean de Bosschère, (Bibliothèque de l'Occident).

Que dire de ce livre ? Il s'annonce au début comme une sorte de conte allégorique ou symbolique, écrit à la mode d'il y a vingt ans, et où il faut, ainsi que des voiles, soulever un à un les mots superposés, pour trouver dessous une pensée qu'on eût cru d'abord, à la place qu'elle tenait, plus grosse. Il sem- blerait ensuite qu'il n'y eût plus qu'une porte à pousser pour que ce Béâle-Gryne rejoignît Urien, assis au bord de la mer et l'attendant. Mais le voyage intéresse moins cet inconsistant héros que les songes et les images parmi quoi il se dilue. Qu'impatient, Urien surtout ne s'attarde pas à l'aller quérir : déjà il s'est évaporé, il n'est plus à sa place qu'ombres et arabesques sur la blanche toile de fond du poème... Au fait, c'est en vain que pour saisir son secret, nous effeuillons la rose : sa seule raison d'être, c'est son inutile beauté. Pareille- ment il convient d'accepter ce livre tel que l'auteur nous le donne, sans exiger de lui un enseignement ou une signification qu'il n'est pas fait pour contenir. Pourvu que le plaisir des oreilles et des yeux qu'il éprouve à le lire supplée, chez quelque lecteur, au manque de réalité, de raison et de justifi- cation secrète, M. de Bosschère aura rempli sa destinée. On peut même estimer qu'il l'aura dépassée.

Si les dessins dont l'auteur a semé la luxueuse édition de son œuvre n'évoquaient pas invinciblement le souvenir de Beardsley, sans doute nous sentirions-nous moins hardis à lui rappeler tout ce que doit son écriture à la fréquentation du vocabulaire de Claudel et de Gide. L'art auquel s'efforce M. de Bosschère ne vit que de mots et de rencontres verbales; encore faut-il que ces mots lui appartiennent : faute de quoi

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